49EME ASSEMBLEE GENERALE DE LA FANAF : Leviers pour sortir de l'ornière

Mercredi 26 Février 2025

Malgré son rôle fondamental dans le secteur socio-économique, l'assurance demeure le parent pauvre de la finance en Afrique. Pour un développement inclusif et durable, quelques lueurs ont pénétré les acteurs réunis depuis lundi 24 février dernier à Marrakech (Maroc) dans le cadre de la 49ème Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF).


Nadia Fettah  ministre de l'Économie et des Finances du Maroc , à l’ouverture de la 49e assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit national Africaines (FANAF)
Nadia Fettah ministre de l'Économie et des Finances du Maroc , à l’ouverture de la 49e assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit national Africaines (FANAF)
Le marché reste fragmenté, entrainant une inefficience des entreprises ; les défaillances et mauvaises pratiques de certains assureurs, notamment le non règlement des sinistres suscitent une méfiance du côté de la demande ; ce sont entre autres facteurs limitant une pénétration conséquente de l'assurance en Afrique notamment dans la zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances) qui compte 14 pays membres.
 
Selon le rapport annuel 2024 de l'Organisation des Assurances Africaines (OAA), en 2023, l'Afrique s'est contenté d'une part confidentielle de 0,9 % sur le marché mondial des assurances, un taux de pénétration de l'assurance - total des primes en pourcentage du PIB- de 3,5 % et une prime moyenne par habitant de seulement 46 dollars.
 
Par ailleurs, l'Afrique du Sud s'accapare de 68,2% du total des primes émises sur le continent, laissant seulement 8,7% des primes au Maroc (deuxième position), suivi de l’Egypte (4%) et du Kenya (3,9%).
 
En zone CIMA, le taux de pénétration de l’activité est de 1% du PIB en moyenne, en 2023, très faible par rapport à celui du Maroc (4,5%) ou encore de l’Afrique du Sud (13,70%). Parmi les différentes causes identifiées, le faible revenu par habitant, l’absence de stratégie marketing adaptée occupe une place importante ; ce qui rejaillit sur la qualité des produits et des prestations. Cette situation a un effet négatif sur la mobilisation de l’épargne publique par les assureurs et limite de ce fait l’impact que ces acteurs devraient avoir en tant qu’investisseurs institutionnels sur le développement économique des pays de la zone CIMA.  
 
Des atouts, pourtant
 
Dans un marché africain de l'assurance encore atone, on note une forte concurrence aussi bien entre les groupes internationaux, ou régionaux que des sociétés locales sur les différents marchés, qui ne manquent pas cependant d'atouts pour un développement inclusif et durable.
 
Outre la parenthèse Covid, on note, depuis plus de 15 ans, une résilience et une régularité de la croissance. Par ailleurs, le dividende démographique constitue un avantage certain avec une population africaine qui équivaut à peu près à 20% de la population mondiale et est projetée à 25%, selon les démographes ; la jeunesse (plus de 75% ont moins de 30 ans) de la population très urbanisée, une classe moyenne qui évolue et qui est davantage sensible à la préservation de son patrimoine matériel et vital. Au plan de la régulation, outre la promotion de l’inclusion financière à travers le développement de la microassurance et de l’assurance inclusive, la CIMA a fait évoluer les textes avec le souci principal d'impacter l'économie, à travers l'intervention de l'assurance et c'est dans cette dynamique qu'elle a amené les assureurs à renforcer leurs fonds propres. Dans la même veine, le recours à la réassurance extérieure s'est trouvé un peu plus contrôlé, pour veiller à ce que cette épargne puisse bénéficier plus largement à l'économie africaine.
 
Inclusif et durable
 
Un développement inclusif et durable de l'assurance en Afrique inclut non seulement les personnes physiques, mais aussi les entreprises dont les taux de pénétration sont certes plus élevés, mais comportent encore des éléments de progression. Il est cependant nécessaire de disposer d'une cartographie qui puisse permettre de définir la partie à transférer dans le secteur des assurances.
 
D'où la considération du rôle du Risk Manager qui permet aux assureurs d'avoir des interlocuteurs pertinents au niveau des entreprises. Toutefois, concernant les risques d'entreprise, il est important de faire en sorte qu'au niveau des programmes mondiaux d'assurance, qu’il y ait un meilleur équilibre dans la répartition des primes dédiés aux risques situés en Afrique et en dehors. Or, certains programmes internationaux ne laissent souvent sur les marchés africains que des premières lignes qui ne génèrent pas de primes importantes.
   
Au niveau des marchés de particuliers où la notion d'inclusivité est plus importante, le rôle de la micro-assurance est majeur et il importe de veiller à couvrir toutes les couches de la population en intégrant les dommages, la RC, Vie, etc...  
 
Désormais, l'assurance inclusive et l'assurance durable ne peuvent plus être dissociées car les risques potentiels liés aux changements climatiques, aux évènements sanitaires et technologiques ne sont plus le fruit de l'imagination, mais une réalité.
 
A condition...
 
Le développement du secteur africain de l'assurance devrait s'appuyer sur un certain nombre de leviers qui tourneraient autour de trois grands axes dont la mise en place d'un écosystème de partenariats avec divers acteurs ; l'innovation comme moteur principal et un saut qualitatif vers la technologie. Si l'on considère les perspectives dégagéés par Richard Lowe, président du groupe ACTIVA, dans sa présentation inaugurale lors de la 49ème édition de l'Assemblé générale de la FANAF 2025 qui se tient à Marrakech, du 24 au 26 février 2025, les partenariats devraient s'articuler autour de la clientèle, dans une dynamique de sensibilisation qui permettrait d'améliorer la perception qui représente encore un frein important à la pénétration de l'assurance. Cette approche intègre la simplification du parcours de l'assuré. Dans la même veine, le renforcement du partenariat avec le régulateur est capital dans l'ambition de développement du marché.
 
A ce propos, l'exemple du Maroc a été souligné, mais aussi celui de la CIMA qui, selon Richard Lowe, "est ouverte à la nécessité de travailler avec les acteurs du marché. Je l'ai vécu et je le vis régulièrement dans un marché comme celui de la RDC où le régulateur est en contact permanent avec le marché", ajoute-t-il.  
 
Cependant, outre la fiscalité à améliorer, le régulateur devrait envisager l'élargissement du champ des assurances à l'assurance obligatoire qui demeure le "canard boiteux" dans les marchés africains. Par ailleurs, le partenariat devrait s'élargir aux Telcos à travers les circuits de distributions, pour se rapprocher de la clientèle ; aux assurtechs; etc...
    
En termes de produits, l'innovation devrait s'accompagner d'un meilleur ciblage des marchés, mais l'accent devrait porter davantage sur le secteur informel, véritable défi pour les assureurs.
 
Quant au levier lié à la technologie, une meilleure maîtrise de la data passe par la digitalisation, avec un usage maîtrisé de l'Intelligence artificielle qui devrait permettre un saut qualitatif important.
 
En termes de projection, tous ces leviers devraient, si l'on en croît Richard Lowe, conduire vers un taux moyen de pénétration de l'assurance d'environ 5% en 2035 notamment dans la zone CIMA et faire de l'Afrique, un marché de 250 milliards de dollars de chiffre d'affaires contre 65 milliards de dollars aujourd'hui. Une manne qui, drainée vers les pouvoirs publics, devrait leur permettre de disposer de ressources substantielles pour financer nos économies.
Malick NDAW
Actu-Economie


Nouveau commentaire :

Actu-Economie | Entreprise & Secteurs | Dossiers | Grand-angle | Organisations sous-régionales | IDEE | L'expression du jour




En kiosque.














Inscription à la newsletter